Actualité
29 novembre 2021

Trois questions sur le Paris Legal Makers

Trois questions à Stéphane de Navacelle, délégué du bâtonnier de Paris à l’influence par le droit, sur le Paris Legal Makers, une rencontre internationale de premier plan autour du droit, un forum juridique mondial.

 

Sous l’impulsion du bâtonnier du barreau de Paris, Olivier Cousi, la première édition du Paris Legal Makers se déroulera le 6 décembre au Palais Brongniart, sous le haut patronage d’Emmanuel Macron. Cet événement dédié au développement économique par le droit doit accueillir plus de 1 000 décideurs français et internationaux autour des professions juridiques. Délégué du bâtonnier à l’influence par le droit, Stéphane de Navacelle revient sur les enjeux de cette rencontre sur le thème du droit « comme levier de développement économique, de transformation technologique, de transition écologique et sociétale ».

 

Qu’est-ce qui a motivé cette première édition du Paris Legal Makers et qu’en attendez-vous ?

Le Paris Legal Makers – « PLM » – est issu de la volonté du bâtonnier de Paris de provoquer une rencontre internationale de premier plan autour du droit, un forum juridique mondial. Cette première édition réunira les décideurs publics et privés, étrangers, européens et français.

Les débats, placés sous le haut patronage du président de la République, ont été pensés pour permettre l’expression de tous les points de vue. Il s’agit d’identifier les problématiques sur lesquelles les praticiens du droit s’accordent ainsi que les sujets pour lesquels un travail de compréhension mutuel reste à faire.

Ainsi, nos invités internationaux « Grands Témoins » sont issus d’organisations internationales à la fois publiques et privées. Didier Reynders, commissaire européen à la justice, et Sandie Okoro, première vice-présidente et directrice juridique du Groupe Banque Mondiale, pourront décrire les engagements pris par les institutions qu’ils représentent dans l’élaboration de normes – contraignantes ou pas – au service des missions qui sont les leurs. Stacey Friedman, executive vice president and general counsel de la banque JPMorgan Chase & Co, et Nassib Abou-Khalil, chief legal officer de Nokia, évoqueront le sens de leurs rôles au sein de groupes mondiaux à l’importance stratégique pour de très nombreux pays. Ils pourront aussi exposer leurs attentes vis-à-vis des systèmes juridiques dans lesquels ils sont parties prenantes.

Pour accueillir nos invités étrangers, les avocats au barreau de Paris ont répondu à l’appel tout comme certains grands décideurs français. Il s’agit de personnalités aussi diverses que l’Amiral Pierre Vandier, chef d’état-major de la Marine, de Marie-Laure Denis, présidente de la CNIL, de Joffrey Célestin-Urbain, directeur du Service de l’information stratégique et de la sécurité économique du ministère de l’Économie (SISSE), de Dominique Bourrinet, directeur juridique du groupe Société Générale ou encore d’Alexandre Menais, executive vice president et secrétaire général d’Atos.

 

Le droit comme levier de développement et de transformation, pouvez-vous préciser ?

À votre question, je me remémore le bâtonnier affirmer comme une boutade – presqu’une bravade – qu’en France nous avons un ministère de la Justice mais pas de ministère du Droit et qu’il nous est donc difficile de concevoir le droit en amont du conflit. C’est le dilemme qu’il m’a soumis, ou plutôt le défi qu’il m’a lancé.

À cet égard, Paris Place de droit, une association dont le barreau de Paris est partie prenante, est l’un des contributeurs au PLM. Le Paris Legal Makers se veut un lieu de débat, d’apprentissage et d’émulation s’agissant de la création de règles qui s’imposeront à chacun, de façon transversale, de la vie économique aux grandes questions de sociétés. Nous pensons, c’est entendu, qu’il y a des lieux propices à ce genre de construction. Paris présente des atouts indéniables pour ce faire : c’est un lieu de création de normes, centre de décision politique, le siège de nombreuses organisations internationales mais aussi un lieu qui rassemble des magistrats, avocats et juristes capables de traiter toutes les questions de droit, tant français qu’étrangers, dans toutes les langues du monde ou presque. C’est une ville « guichet unique » du droit.

Cette année, l’évènement est décliné autour de 4 grands axes : économie, écologie, technologie et société. Chacun sera débattu en trois ou quatre sessions.

 

Qu’est-ce que la crise sanitaire a modifié dans le rôle des professionnels du droit et quels sont les défis actuels ?

La révolution technologique a connu une accélération à raison de la crise sanitaire. À la façon de ce que la guerre est un accélérateur de l’histoire, la pandémie a été un accélérateur de changements.

Nous faisons face à des déséquilibres majeurs qui mettent au défi la capacité d’adaptation de l’humanité et favorise – il faut bien le constater – un repli sur soi. C’est là où les professionnels du droit peuvent – et doivent – prendre toute leur place. Il y a toute raison de penser que les « faiseurs de droit » – à force de réflexion, de prise en compte de l’autre et de pédagogie – pourront être les artisans de la paix dont nous avons besoin.

Parce que c’est toute la communauté des juristes qui doit travailler de concert, c’est logiquement que l’École nationale de la magistrature, le Cercle Montesquieu et l’Association française des juristes d’entreprises sont très largement représentés.

En matière économique il faut notamment se poser les questions de l’attractivité, de la prévisibilité, du secret des affaires ou encore de la fiscalité.

Les problématiques écologiques doivent notamment être abordées par le biais des leviers d’action disponibles, de l’équilibre entre profit et durabilité, de la poursuite pénale et du contentieux environnemental. La révolution industrielle-technologique fait apparaître de nombreux biais et opportunités dont il faut se saisir pour qu’elle soit créatrice de valeur pour chacun. Cela va de l’indépendance numérique au rôle des géants du web, en passant par la blockchain, l’éthique 4.0 ou encore la question de la cybersécurité.

Le volet société ambitionne, quant à lui, que soient pensés la dimension éthique de la data, le rôle précurseur du droit pour promouvoir plus de justice sociale, la prise en compte de la diversité des talents et des apports ainsi que la question de l’évolution du rôle de l’avocat en entreprise.

 

Propos recueillis par Florence Creux-Thomas

Contenu similaire

Publication
Livre blanc - L'enquête interne en matière sociale
15 juillet 2022
Livre blanc Enquête interne en matière sociale
L’appréhension par la matière sociale de l’enquête interne. Dans le contexte du développement de la pratique de l’enquête interne ces dernières années en Fra...
Analyse
Lobbying les obligations déclaratives des représentants d’intérêts en France
14 juillet 2022
Lobbying : Les obligations déclaratives des représentants d’intérêts en France
Mise en lumière des obligations déclaratives imposées aux représentants d’intérêts en France, prévues par la loi n° 2013-907 du 11 octobre 2013 modifiée par la...
Revue de presse
Week of 28 November 2022
2 décembre 2022
Revue de presse – Semaine du 28 novembre 2022
Cette semaine vous découvrirez plusieurs évènements judiciaires importants : la Cour de cassation a apporté des précisions sur la qualité de victime d’un acte de ...
Revue de presse
Revue de presse - Semaine du 21 novembre 2022
25 novembre 2022
Revue de presse – Semaine du 21 novembre 2022
Cette semaine vous découvrirez l’ouverture d’une enquête préliminaire du parquet national financier pour détournement de fonds publics. Par ailleurs, vous trouver...
Événement
Ifaci demain en main - vignette
24 novembre 2022
Table ronde – Allégations & Enquêtes
Stéphane de Navacelle participera à la conférence annuelle de l'IFACI " Demain en mains " sur le thème Allégations - Enquêtes, lundi 28 novembre 2022.
Analyse
23 novembre 2022
La CJUE limite la conservation généralisée des données en matière de surveillance
Le 20 septembre 2022, la Cour de justice de l’Union européenne a rendu deux arrêts concernant les conditions dans lesquelles les Etats membres sont autorisés à cons...
Analyse
21 novembre 2022
CJIP Crédit Suisse pour blanchiment aggravé de fraude fiscale et démarchage illicite
Le Crédit Suisse échappe aux poursuites judiciaires et accepte le paiement d’une amende d’intérêt public de 123 000 000 d’euros dans le cadre de la 13ème CJIP ...
Revue de presse
Revue de presse - Semaine du 14 novembre 2022
18 novembre 2022
Revue de presse – Semaine du 14 novembre 2022
Cette semaine vous découvrirez trois évènements marquants : la première condamnation en France d’un ancien chef rebelle libérien par la cour d’assises de Paris, ...
Analyse
Autorité de la concurrence - Google
18 novembre 2022
Les récentes sanctions de Google par l’Autorité de la concurrence : serveurs publicitaires et droits voisins
En 2021, l’Autorité de la concurrence a infligé plusieurs amendes à Google pour s’être livré à des pratiques anticoncurrentielles liées d’une part à la rém...
Événement
17 novembre 2022
Identification des acteurs contractuels de la Compliance
Julie Zorrilla est intervenu à la Colloque "Contrat et compliance : les acteurs et leurs stratégies" à l'Université de Nîmes.
Événement
17 novembre 2022
Cambridge Forum : L’assistance juridique mutuelle s’est dévoyée !
Pourquoi se préoccuper des traités d'entraide judiciaire quand le droit local est mondial et que les procureurs échangent des informations sur WhatsApp ?
Revue de presse
Revue de presse - Semaine du 7 novembre 2022
14 novembre 2022
Revue de presse – Semaine du 7 novembre 2022
Cette semaine, vous trouverez des précisions apportées par la Cour de cassation sur la légalité d’une extradition d’un ressortissant de l’Union européenne vers...
Événement
9 novembre 2022
Webinaire : Une approche comparative du secret professionnel dans les procédures pénales
Stéphane de Navacelle est intervenu lors du webinaire Mondaq /Monfrini Bitton Klein sur le "secret professionnel et le "attorney-client privilege" dans les procédures p...
Analyse
7 novembre 2022
La mise en œuvre du cumul de sanctions pénales et fiscales
Si le principe du cumul de sanctions pénales et fiscales est désormais admis, sa mise en œuvre est encadrée par des conditions qui doivent faire l’objet d’une mot...